原文标题: Les têtes dans le nuage[1] · Cloud et Chime de Kiyoshi Kurosawa

作者:Yal Sadat

注:全文译自Claude(AI翻译),原文附后。

黑泽清的《云》与《钟声》同期上映,宛如两部心灵相通的影片,彼此对视,无言地交换着某个朦胧的秘密。《云》入选上届威尼斯电影节,讲述一名辞职工人转型为网络二手倒卖商,最终被自己的小把戏反噬的故事。《钟声》篇幅更短却更为密实,45分钟内完成了一个烹饪教师的堕落叙事:他的学员被颅内萦绕不散的神秘声响逼至自杀,而这一行为似乎将某种嗜血的疯狂传染给了老师。

在这两部作品之间,幽游着一个幽灵——那是世纪之交的黑泽清,是那个时代日本恐怖电影(J-Horror)的杰出代言人,彼时的银幕鬼影游荡成群。在杰作《回路》(2001)中,幽灵以现代性使者的姿态现身,携带着文明自我毁灭的种子。那些并非严格意义上的亡魂,因此恐惧的根源也并非"重返",而恰恰是其反面——一种消失的预感:人性正在被一张据说能将其凝聚的网络(社会经济意义上的,但更是信息技术意义上的)悄然抹去。观众因感到自己也可能是幽灵而陷入恐慌:影片的调度使他成为一个时刻戒备的参与者,赋予他面对画面时一个精确的位置;继而,随着画面中一切日常生命迹象被渐渐抽空,黑泽清让观众产生了自己也在被消融的感觉,仿佛成了那些化作转瞬即逝的污渍的人们。这场奇观的人类学意涵——无非是人的湮灭——必然在这位从未背弃社会学训练的作者身上得到彰显。2000年代末起,其踪迹已可在社会剧(《东京奏鸣曲》,当时被视为其创作的一次转折)、科幻与惊悚片的领域中追溯。

两部新作不越恐怖类型的门槛,却重新接续了那些幽灵性的在场与文明追问。黑泽清有意更新它们,理由充分:这种感觉——面对某种悬浮于空气之中、如时代残留物般渗入墙壁的莫名威胁(《回路》中触发故事的那种"骇人至极的异常")——在技术资本主义的浸染下,如今早已成为日常。《云》的片名本身即在点题:倒卖商亮介起初凭借一个网名,躲进去物质化的网络丛林中兴风作浪,而后"云端"又让他的受害者找到了他隐居的乡间据点,对他展开人身追杀。那飘荡于空中的"某物",已演变为一个庞大的结构、一种替代性现实、旧世界的数字替身——黑泽清笔下的人物早已在其中彻底销声匿迹;而《云》与《钟声》,却将他们猝然拽回到物质世界。

归根结底,这是关于具体行动、肉身行动的故事。两部影片都聚焦于某种职业,审视其手工与脑力的双重面向:一边是烹饪,另一边是围绕商品的投机(意味着积累、分拣、堆叠那些塞满空间的纸箱)。《钟声》中的厨房被呈现为一座冰冷的炭灰色竞技场。构图执着于身体之间的空隙,执着于学徒们僵硬的动作——尤其是那个目瞪口呆的轻生少年的面孔——它们与精致菜肴的插入镜头之间几乎无法缝合。因为美食不过是一个经济变量,一个营销筹码:这从工坊主厨拓二与投资人之间那些剑拔弩张的对话中可见一斑,他在那些对话里兜售着自己对这门手艺的愿景。当一个不愿切鸡的学员提醒他这只动物曾经活过、它的翅膀"有点像腿"时,拓二不由分说地捅了她一刀。一只鸡与人之间那道具体联系的不可承受,将他推入另一种肉食性的事业。黑泽清解剖的是这样一个时代:对美食的痴迷非但没有标志着人与事物之间有机关系的回归,反而拙劣地遮掩着对无形之祸的臣服——灶台背后隐藏的资本流动,社会面具的重压(杀手将自己封闭在厨师、教师、父亲的角色之中)。《钟声》以感官的方式将物质实践与内心病症之间的冲突呈现出来,在拓二的杀戮眩晕中游走——从虚空到充盈,从缺席到实质,从沉默到那些侵占大脑的饱和音响。

《云》的前半段节奏较为松散,描摹了另一种切实的劳动,与数字大转盘相当平白地形成对照。如同亮介守着他的纸箱,影片铺陈出一份清单:这是血肉之躯的人,越过那些界面与网名之后的本来面目;这是一个寻求更好生活的前工人。第二幕将故事转化为一场更为狂热的大屠杀,针对骗子策划的复仇,也可以读作实体世界对互联网迷雾的反攻:电子商务那些抽象的把戏,终究要在感官现实中付出代价。在黑泽清标志性的废弃仓库周围(这是一个黯淡却平实的舞台,与那个滋生邪恶的虚无缥缈的网络恰成对照),惊悚片向着一种杂交现实主义漂流,与卡通或电子游戏相去不远。有人用霰弹枪向一台无辜的咖啡机开枪,有人躲在像第一人称射击游戏的布景一样被子弹打穿的墙后面,网络暴力得以"硬件化"重演(复仇者之一戴着一副荒诞的面具,仿佛要继续做一名匿名的网络侠客)。信仰由此可能遭受重创,但这恰恰是为了更好地重新点燃黑泽清式的人类学忧郁。在《回路》问世四分之一个世纪后,人类试图从自己深陷其中的数字幽冥中归来,以期与受苦受难的、伤痕累累的身体重新相遇。然而无济于事:即便在这片战场上,人依然如幽灵留下的一道炭灰痕迹般,虚无缥缈。

[1] "Les têtes dans le nuage"——法语惯用语,字面意思是"脑袋悬在云里",形容心不在焉、脱离现实,同时双关《云》的片名及影评核心主题。

Cloud et Chime de Kiyoshi Kurosawa coexistent en salles, donnant l'impression que deux films télépathes se dévisagent pour se confier sans piper mot un secret nébuleux. Présenté à la dernière Mostra, Cloud suit les pas d'un employé d'usine démissionnant pour devenir revendeur en ligne, avant que sa petite affaire de margoulin ne s'effondre sur lui. Plus court mais plus dense, Chime raconte en 45 minutes le basculement d'un professeur de cuisine dont l'élève est poussé au suicide par un mystérieux son qui résonne dans son crâne. En passant à l'acte, le disciple semble inoculer à son maître une folie meurtrière.

Entre les deux œuvres se tient un spectre : celui du Kurosawa de l'aube du siècle, digne représentant d'une J-Horror infestée d'esprits frappeurs. Dans le sublime Kaïro (2001), les fantômes s'avançaient comme messagers d'une modernité portant les germes de sa propre annihilation. Il ne s'agissait pas de revenants à proprement parler, aussi la peur tenait-elle moins à un phénomène de réapparition qu'à son contraire, c'est-à-dire à l'intuition d'une disparition : celle de l'humanité, gommée par l'accroissement d'un réseau (socio-économique mais surtout informatique) censé pourtant l'unifier. Le spectateur angoissait à l'idée d'être lui-même un fantôme : la mise en scène faisait de lui un acteur aux aguets, lui ménageait une place très précise face à l'image observée ; puis, en vidant peu à peu cette dernière de tout signe de vie ordinaire, Kurosawa donnait à son auditoire le sentiment d'être estompé à son tour, comme les êtres changés en taches fugaces. La portée anthropologique d'un tel spectacle – rien de moins que l'effacement de l'humain – devait s'affirmer chez cet auteur n'ayant jamais renié sa formation de sociologue. Dès la fin des années 2000, on devait en retrouver les traces sur les terres du drame social (Tokyo Sonata, perçu alors comme une rupture dans sa carrière), de la science-fiction ou du thriller.

Sans tout à fait franchir la frontière du fantastique, ses deux derniers films renouent avec les présences spectrales et les questions civilisationnelles qui irriguaient ses récits d'épouvante. Kurosawa veille à les actualiser, et pour cause : cette sensation de faire face à une menace ineffable, flottant dans l'air et imprégnant les murs comme un résidu de l'époque (ce « quelque chose d'horriblement anormal » qui lançait l'intrigue de Kaïro), semble aujourd'hui banalisée par le capitalisme technologique. Cloud l'indique par son titre même : le revendeur Ryôsuke monte d'abord impunément ses magouilles grâce à un pseudonyme, terré dans le maquis dématérialisé du web, puis le cloud permet à ses clients lésés de trouver son repère champêtre où il fait l'objet d'une chasse à l'homme. Le « quelque chose » dans l'air est devenu de nos jours une vaste structure, une réalité de substitution, une doublure numérique de l'ancien monde dans laquelle les personnages de Kurosawa ont achevé de disparaître ; mais Cloud et Chime les montrent brutalement rattrapés par l'univers matériel.

Il est d'ailleurs question avant tout d'actions concrètes, physiques. Chaque film scrute un métier, discutant sa part manuelle et mentale : d'un côté la gastronomie, de l'autre la spéculation autour de produits (supposant d'accumuler, de trier, de stocker les cartons qui saturent l'espace). La cuisine de Chime est investie comme une arène froide et anthracite. Les compositions insistent sur le vide séparant les corps, les gestuelles rigides des apprentis dont les visages (surtout celui du jeune suicidaire sidéré) raccordent peu avec les inserts sur les mets raffinés. Car la bonne chère n'est qu'une variable économique, un enjeu de marketing : c'est ce que suggèrent les discussions crispées de Takuji, le chef de l'atelier, avec les financiers à qui il vante sa vision du métier. Lorsqu'une élève rechignant à découper un poulet lui rappelle que l'animal a un jour vécu, que ses ailes « sont un peu comme des jambes », Takuji la poignarde sans crier gare. L'insoutenable idée d'un lien concret au poulet le pousse dans une autre sorte d'entreprise carnassière. Kurosawa désosse une ère dans laquelle l'obsession gastronomique, loin de marquer le retour d'un rapport organique aux choses, dissimule mal une soumission à des fléaux invisibles : flux des capitaux caché derrière les fourneaux, poids des masques sociaux (le tueur se mure dans ses rôles de chef, d'enseignant, de père). Chime rend visible ce conflit entre pratique matérielle et maux intérieurs en investissant sensuellement le vertige assassin de Takuji, glissant du vide au plein, de l'absence à la substance, des silences aux sons saturés qui prennent possession des cerveaux.

La première moitié de Cloud décrit plus mollement un autre travail tangible, opposé assez platement au grand manège du numérique. Comme Ryôsuke devant ses cartons, on dresse un inventaire : voilà ce qu'est l'homme de chair et d'os, par-delà les interfaces et les pseudos ; voilà ce qu'est un ex-ouvrier en quête d'une vie meilleure. Transformant le deuxième acte en jeu de massacre plus fiévreux, la vengeance fomentée contre l'arnaqueur vaut également comme revanche du monde solide sur le brouillard d'Internet : les manigances abstraites de l'e-commerce se paient dans la réalité sensible. Autour d'un entrepôt désaffecté typique de Kurosawa (théâtre éteint mais prosaïque, contrechamp du réseau vaporeux où s'enracine le Mal), le thriller se laisse dériver dans un réalisme bâtard, pas si loin du cartoon ou du jeu vidéo. On tire au fusil à pompe sur une innocente machine à café, on se cache derrière des murs qui s'effondrent sous les balles comme le décor d'un first-person shooter, la barbarie connectée se reproduit « en dur » (l'un des vengeurs porte un masque aberrant, comme pour rester un justicier anonyme de la Toile). La croyance peut alors en prendre un coup, mais c'est pour mieux ranimer la mélancolie anthropologique de Kurosawa. Un quart de siècle après Kaïro, l'humanité cherche à revenir des limbes numériques où elle s'est enfoncée pour mieux renouer avec la réalité des corps souffrants, esquintés. Seulement, rien n'y fait : même sur ce champ de bataille, elle reste aussi irréelle qu'une tache charbonneuse déposée par un fantôme.